D'ordinaire, la maison était déjà encline à des histoires bizarres. Les vitres étaient faites de vieux verre avec des contours en bois décoloré. Les portes grinçaient toutes et pour fi-nir, les grands escaliers en colimaçon qui menaient à l'étage, dans le grand salon du gre-nier, sonnait creux quand les pieds les foulaient. Tout dans cette bâtisse, de l'extérieur délabré à l'intérieur peut chaleureux, laissait libre court au vagabondage incessant des jeunes enfants.
« Ne pourrais-tu pas être comme tous les enfants de ton âge Mahtan ? » lui questionna sa mère quand elle rentrait du travail et qu'il était enfermé dans sa chambre à jouer avec ses crayons et une feuille. Car pour sa mère, les dessins marqués de noir et de yeux rouges, étaient qu'un simple jeu de « gosses ». Le père quand à lui, les a laissé à leur sort il y a déjà quelques années, trouvant plus excitant de refaire sa vie avec une autre. Mais ils ne demeuraient pas tout seul. Un homme, ou le meilleur compagnon de jeu de Mahtan, par-tageait leur vie. Fabrice. Cet homme ci était le meilleur ami de sa mère, Nathala, quand elle était plus jeune. L'amitié peut se transformer en amour.
Tout pouvait donc paraître super pour cette femme qui a toujours du se démerder seule avec son fils. Une maison, un copain, un travail. Oui mais bon. Mahtan ne le voyait pas comme ça lui. Précisément à la nuit tombée.
IL se trouvait alors là, seul dans son lit avec la couverture bien remontée sous son nez ! « 1 moutons, 2 moutons, 3 moutons ... » mais quelle était donc encore que cette connerie que sa mère lui avait racontée ? Compter les moutons ne l'aidait pas le moins du monde ! Néanmoins, il trouva enfin le sommeil. Mais quand il crut partir pour le royaume de Morphée, quelque chose semblait avoir fait bouger son lit.
Un tantinet dans le brouillard des songes approchants, Mahtan était pétrifié. A-t-il eu un soubresaut, avait-il rêvé ? Il ne savait pas ... dans un élan de courage, et pour se ras-surer, il alluma la lumière de sa table de nuit.
Une sueur froide le traversa aussitôt. La porte de son grand placard était ouverte ainsi que tous les tiroirs de son bureau, sans compter ceux de sa table de nuit et du reste des objets comprenant tiroirs ou portes. Il voulu appeler sa mère, mais l'idée qu'il avait de crier, le faisait croire que quelque chose lui répondrait avant elle. Les larmes aux yeux et le c½ur battant à tout rompre, Mahtan se leva pour allé fermer toutes ces ouvertures.
Sa mère avait entendu le bruit du rangement – elle bénéficie d'une oreille très dévelop-pée – et se posta dans l'encadré de la porte de son fils, elle aussi ouverte.
- Maman ! Tu m'as fait peur.
- Ne pourrais-tu pas être comme les enfants de ton âge ?
- Quoi ? Maman pourquoi tu me regarde comme ça ?
- Ne pourrais-tu pas simplement dormir, comme les enfants de ton âge ?
- Mais les portes sont ouvertes et ...
- PAS DE MAIS ! Mahtan ! DORS MAHTAN, DORS SALOPPERIE DE MIOCHE !
Les yeux de Nathala étaient d'un noir profond. Comme si la pupille les avait dévoré. Dans une peur incontrôlable, il avait filer dans son lit à toute vitesse comme poursuivit par un lion enragé. SA mère s'en approchait et au fur et à mesure, Mahtan était pris d'un froid extrême. Elle se pencha sur son oreille et dit :
- Tu verras mon tendre Mahtan, un jour aussi tu seras mort !
- ... pourquoi tu me fais peur expert maman ?
- Il y a plein de morceaux de verre dans mon ½il, plus personne ne veut plus me voir ! Innommables mouches à merde ! POURQUOI LE VERRE FAIT SI MAL ? Aides-moi, AIDES-MOI !
Ses mots étaient comme dédoublés par une autre voix. Mahtan gardait les yeux sévère-ment clos pour ne pas devoir supporter la vision d'horreur qui l'attendait s'il défaillait a son action. Ces visions qu'il connaissait si bien. Cette chose qui n'était de loin pas sa mère, hurlait encore plus fort et résonnait dans les oreilles de Mahtan, qui de peur, s'était enfouit au plus profond de son lit en serrant son ours. Quand les lamentations se turent enfin, il n'osait définitivement plus bouger. Et le sommeil eut raison de ses angoisses à trois heures du matin.
Nathala le réveilla peut de temps après pour l'emmener à la crèche. On était lundi.
- Ho non ! Tu as de nouveaux fais pipi dans ton lit Mahtan ... Mais tu as quel âge ? Bon sang !
- Pardon maman, pardon, je voulais pas, soit pas fâchée s'il te plait pardon ...
- Mais, ... mais tu trembles mon chéri, qu'est-ce que tu as ? Je vais pas te gronder voyons, calmes-toi je t'en prie.
Puis elle l'enlaça. Vu les événements de cette nuit, Mahtan n'était pas rassuré tant que qu'il ne reconnaissait pas la douce étreinte de sa mère.
Encore une histoire de plus qui renforçait les craintes du jeune garçon.